Les pros du polar réaliste

Valérie Duby – Le Matin

Trois policiers genevois se sont mis à écrire. Il planchent sur un scénario avec l’acteur et cascadeur français Cyril Raffaelli

SCEPOL Ils se sont regroupés au sein du Scepol. Six lettres pour «scénario de police». Un cercle de travail inédit composé de policiers ou ex-policier qui se lancent dans l’écriture pour le grand ou le petit écran. Et ce n’est pas juste une idée en l’air. Les trois Genevois Roberto Bestazzoni, Patrick Delachaux et Cédric Segapelli s’attellent en ce moment même à l’écriture des «Aigles des Balkans», un long métrage co-développé avec l’acteur et cascadeur français Cyril Raffaeli, qui a joué dans Taxi 2, Banlieue 13 et Die Hard 4, etc. «Personnellement je cherche cinéma très réaliste. Eux, ils savent de quoi ils parlent, cela change des scénarios traditionnels», constate l’acteur installé en Suisse.

Des histoires basées sur leurs expériences de rues et de vie, vécues ou rapportées, le trio en a des centaines à raconter. L’idée des Aigles des Balkans est venue de Roberto Bestazzoni, comédien – il a tourné avec Mel Gibson – reconverti dans la police municipale. «Pendant la guerre du Kosovo, j’avais participé à des convois humanitaires en ex-Yougoslavie. J’ai découvert que des gens, réfugiés en Suisse, où ils étaient établis avec leurs familles, traversaient la frontière, revêtaient une treilli militaire, s’armaient d’une kalachnikov pour guerroyer. Cela m’a énormément troublé».

Un gros travail d’écriture

A trois policiers les sujets fusent. L’idée, c’est bien. Mais après il y a tout le boulot d’écriture. La construction du scénario. L’introduction des dialogues. Le rythme musical d’une scène, la psychologie des personnages. Le film verra-t-il le jour ? Une étape après l’autre. «Ce qui est sûr c’est que c’est vraiment un travail collectif», indique Cédric Segapelli, instructeur au centre de formation de la police genevoise. Grand cinéphile, dévoreur et critiques de romans noirs, il tire à vue sur certains scénarios. «C’est peut-être facile de critiquer mais il faut reconnaître l’indigence de scénarios à la Julie Lescaut !» Dans un autre registre, des séries telles que les Experts sont « trop déconnectées de la réalité.» Bref, le trio se veut «plus original», surtout «plus actuel.» «Les voyous des années 70 ou 80 ne sont pas ceux des banlieues comme le 93 », conclut Patrick Delachaux, dont le premier roman «Flic de quartier », sera tourné prochainement avec Olivier Marchal, Pascal Elbé et Anne Parillaud. Noir, le Scepol ? Pas seulement : il a déjà été approché pour une comédie.